Défendre son modèle parental

Vous êtes un parent constructif ou bien vous travaillez pour en devenir un. Vous êtes fier du modèle parental que vous avez choisi par instinct, qui vise à élever votre enfant de manière harmonieuse, liée par une affection solide. Votre unique souhait est de voir votre enfant grandir en un adulte heureux, confiant et autonome.

Mais malgré vos bonnes intentions, votre belle-mère vous à surement dit que vous êtes trop laxiste ? Que votre frère vous a déjà fait remarquer que vous avez besoin de discipliner votre enfant ? Ou bien encore, que vous avez entendu d’autres personnes faire des commentaires sur la manière d’éduquer d’autres parents et que vous vous demandez si l’on vous crique également ? « Laisse le pleurer et tu verras, il finira par se taire » ; « Non, mais j’ai remarqué que tu étais un peu trop permissive avec tes enfants » ; « A ta place c’est la punition assurée ! » ; « Le week-end prochain, ce sera les vacances pour les loulous…A ouais, ça dépend pour qui…surement pour eux, mais moi, ils vont me retourner le cerveau ! »

Dans les sociétés occidentales, l’approche parentale est davantage centrée sur les désirs des parents que sur les besoins des enfants. Les punitions, les récompenses, les menaces et la contrainte sont devenus des moyens « normaux » de la parentalité.

Alors, Comment défendez-vous votre choix, quand vous êtes à contre courant de la parentalité conventionnelle ? Comment faire taire les critiques ? C’est ce que je me suis demandée. J’ai donc fais quelques recherches dans la psychologie et la science de la parentalité. Dans la suite de cet article, vous saurez ce que j’ai découvert.

 

La neuroscience et la construction du cerveau

Par rapport à d’autres mammifères, le cerveau humain est minuscule à la naissance, il représente seulement 25% de sa taille une fois adulte. Les bébés animaux possèdent de grands cerveaux pour les aider à survivre et à répondre de façon appropriée à leurs environnements hostiles.

Mais, qu’en est-il de la survie pour les bébés humains, dont le cerveau est si petit ? Un indice : Maman et Papa 🙂

Naturellement, l’attachement qui se crée entre les bébés et leurs parents est vital pour un développement optimal du cerveau. Selon, John Bowlby, fondateur de la théorie d’attachement « tisser des liens affectifs étroits est comme un élément essentiel à la survie de l’être humain ». Autrement dit, nos interactions avec nos enfants, qu’elles soient positives ou négatives, affectent le cerveau dans son développement.

D’après ces recherches, l’institut national américain de recherche en santé mentale (NIMH) rapporte que le cerveau atteint sa pleine maturité autour de 20 ans. Le lobe frontal responsable du jugement, de la planification, de l’évaluation des risques et de la prise de décision est la dernière région à achever son développement vers l’âge de 30 ans.

En tant que parent, ce rapport signifie quoi pour nous ?

Sans aucun doute, nous devons redoubler de patience, d’efforts et de flexibilité avec nos enfants, quelque soit leur âge. En attendant que leurs cerveaux murissent, retenons que nos enfants font de leur mieux pour satisfaire les espoirs que nous plaçons en eux.

Les crises de colère

Il nous est difficile de le remarquer, mais face aux défis rencontrés  au cours de la journée, nos enfants en bas âge accumulent des hormones de stress.  À leur âge, le cortex frontal n’est  toujours pas développé, ce qui ne leur permet pas d’exprimer  verbalement leurs émotions fortes. Heureusement, nos petits êtres chers sont dotés d’une méthode infaillible pour libérer leur surcharge émotionnelle : la crise de colère.

Qu’on se rassure, « piquer » une crise de colère pour un jeune enfant n’a rien d’intentionnelle. C’est juste que son cerveau n’est pas en mesure de contrôler les émotions qui le submergent. Il s’agit là d’une réaction physiologique naturelle qui aide nos petits enfants à libérer les sentiments négatifs et leurs frustrations. Alors, quelle est la meilleure façon pour faire face à une crise de colère ? D’abord  rappelez-vous que c’est normal et que votre enfant ne vous manipule pas.

Vous êtes un parent naturel qui voit ces crises de colère comme un cri d’alerte de la part de son enfant pour se connecter avec lui et pour renforcer la confiance que notre enfant a déjà en nous.

Alors, prenez le temps de vous rapprocher de votre enfant, faites preuve d’empathie. Expliquez lui, avez des mots simples, les émotions qu’il ressent : « tu es triste » ; « tu ne souhaites pas rester à la crèche » ; tu t’es fait mal » ; « je pense que tu es fatigué ». Mettre des mots sur des émotions servira à faire dissiper la colère, les frustrations et accueillir ses émotions avec patience. Cette approche permet de rassurer votre enfant et de lui faire prendre conscience que son environnement est un endroit sûr où il peut exprimer ses sentiments librement.

Les opposants à la parentalité naturelle, seront d’avis pour laisser l’enfant se calmer tout seul. Ils pourront même vous dire que la crise de colère découle de notre façon à réagir. Ils pourront prétendre, que le rapprochement avec votre enfant, dans ces moments là, reviendrait à rendre les crises de colère encore plus pires.

Pourquoi les opposants ont tors ?

D’après vous, dans quel état peuvent être les enfants qui se sentent abandonnés ? Sans aucun doute, anxieux. Je pourrais même dire, que ce pourrait être le cas de beaucoup d’adultes. Vous y gagnerez surement, à agir avec contrainte, si la crise de colère s’arrête temporaire, mais vous risquez aussi de créer une profonde insécurité.

Pourquoi devrions-nous traiter nos enfants en bas âge aussi durement quand ils trébuchent à travers leur croissance émotionnelle ?

Rappelez-vous que le cerveau des enfants se construit aussi à partir de notre comportement et de la façon dont nous répondons à leurs émotions dispersées. Faire preuve d’empathie et de compassion aident les tous petits à développer un cerveau capable de s’auto-réguler émotionnellement dans les années futures.

Prise de contrôle du cerveau

À 6 ans, 95% du volume cérébral adulte est atteint. Votre enfant entre dans une phase où il est plus enclin à faire confiance, à s’auto-apaiser et faire preuve d’empathie. Il est plus à l’aise dans sa relation avec les autres et gère de mieux en mieux ses émotions.

Le Dr. Laura Markham considère que les enfants qui laissent éclater facilement leur colère sont ceux qui supposent qu’ils ne peuvent pas compter sur les adultes pour les aider à auto-réguler leurs sentiments.

Les enfants chanceux, qui ont profité d’une parentalité constructive, se sentent en sécurité. Ils comprennent et auto-régulent leurs émotions de plus en plus souvent, ce qui favorise la connexion avec les autres.

Bien sûr, les relations avec les autres ne sont pas toujours agréables. D’ailleurs comment réagiriez vous si votre fille de 3 ans frappe sa sœur de 7 ans, ou l’inverse, et que l’une de vos connaissances critique ce geste et suggère qu’elle à besoin d’être disciplinée ? Avec explication et construction, en osant se détacher de la discipline traditionnelle à base de punitions.

Élever sans discipliner

C’est aussi simple que 2 + 2 font 4. Vous voulez élever un enfant heureux, coopératif, gentil et auto-discipliné, en qui vous avez confiance ? Pour cela, n’utiliser jamais la punition.

Aucune menace, aucun compte à rebours, pas de punitions, pas de fessée. Retenez que le châtiment détériore uniquement votre connexion avec votre enfant. Une connexion affaiblie fera que votre enfant sera moins coopératif à se comporter comme vous le souhaitez. Mais la connexion, n’est-elle pas votre superpuissance parentale ? C’est le seul élément qui peut faire renoncer votre enfant à faire ce qu’il veut faire,  pour faire à la place ce qu’il vous tient à cœur, dans le but de ne pas vous décevoir.  Perdre cette connexion parentale, revient à perdre la confiance de nos enfants, ce qui rendra votre relation en sera plus difficile.

Pourquoi on ne gagne rien à sanctionner ?

La punition vise à donner une leçon à l’enfant pour marquer son esprit et pour éviter qu’il se comporte mal à nouveau. Néanmoins, elle blesse l’enfant soit physiquement ou psychologiquement, voir même les deux. De nombreuses études ont démontré qu’agir avec violence avec son enfant, entraine des conséquences traumatisantes sur sa santé physique et psychologique. En outre, elle encourage un comportement encore plus mauvais.

D’après vous, comment se sent un enfant qui a été puni ? Il croit qu’il est « mauvais », mauvais par son comportement, mauvais pour avoir mis en colère son parent. Et malheureusement, l’enfant qui pense qu’il est mauvais va mal agir.

La correction empêche les enfants d’être eux-mêmes responsable de leurs actions. La figure d’autorité remet la peine. Inconsciemment, il croit qu’il ne peut pas se comporter correctement lui-même. Il compte sur sa figure d’autorité pour lui faire remarquer la manière dont il doit agir.

User de la punition, c’est en quelque sorte envoyer un message à son enfant, qui consisterait à lui dire « si tu est pris à faire telle ou telle bêtise, le résultat c’est que tu sera puni ».  La punition n’enseigne pas la prise de conscience et l’explication de l’impact négatif du comportement de l’enfant. Elle porte atteinte à son développement moral.

Réprimander par n’importe quel moyen

Les réprimandes ne se limite pas à la punition qu’elle soit physique ou émotionnelle. Les menaces, les récompenses, les temps morts et les propos humiliants sont autant de moyens pour au final obtenir le contrôle. Mais croyez vous qu’il est vraiment possible de contrôler entièrement votre enfant ?

Les psychologues et conseillers parentaux reçoivent beaucoup de famille sur cette problématique. D’ailleurs Barbara Coloroso, conseillère parentale, dit que les parents d’adolescents disent souvent : « Il était un garçon qui se comportait et s’habillait correctement, bien élevé. Maintenant, regardez-le ! »

Elle leurs répond de la façon suivante : « Quand il était jeune, il s’habillait selon vos envies, il agissait comme vous lui disiez d’agir, il disait les choses que vous lui avez appris à dire. Maintenant au stade de l’adolescence, il n’a pas changé….Il écoute quelqu’un d’autre lui dire ce qu’il faut faire.  Le problème, c’est qu’il ne vous écoute plus, il écoute ses camarades. »

L’amour : plus fort que tout

Vous aimez votre enfant sans condition, comme tous les parents. Mais croyais-vous que votre enfant se sent aimé inconditionnellement ?

Alice Miller, psychanalyste, a observé qu’il est « possible d’aimer un enfant avec passion, mais pas de la manière dont il ressent le besoin d’être aimé ».

 Aussi, quel est le plus important : la manière dont nous aimons nos enfants ou bien à quel point nous les aimons ?  Les techniques de la discipline dite « traditionnelles » dégradent la perception des enfants de l’amour inconditionnel. Ils se sentent aimés uniquement lorsqu’ils se comportent d’une certaine façon. User de ces techniques, c’est utiliser l’amour comme une arme pour tenter de contrôle le comportement de son enfant.

L’amour à la carte n’a pas sa place dans la relation parent-enfant. En revanche, quand un enfant se sent aimé inconditionnellement, il grandi harmonieusement et se sent bien dans sa peau.

L’amour comme seule réponse

Lorsque nous sommes entrainés par des émotions fortes et cruelles, nous n’agissons plus avec discernement.

Imaginez alors, pendant un repas de famille, que votre enfant de 5 ans se comporte avec déchaînement, parce qu’il veut absolument une part du grand gâteau que vous avez prévu pour le dessert. Sauf que quelques minutes avant l’arrivée des invités, vous lui aviez bien demandé d’attendre la fin du repas.

Avec indulgence, vous lui expliquez doucement que vous comprenez son envie pressante de dévorer ce gâteau et que l’attente est trop longue. Vous lui faites comprendre que si dans 20 minutes le repas n’est pas terminé, il pourra avoir sa part. Vous lui rappelez également, qu’au départ des convives, vous rediscuterez de cet incident. Malgré cela, vous lui donnez un câlin et lui conseillez de retourner jouer avec ses cousins et cousines. Vous pratiquez une parentalité constructive.

Pour le coup, votre mère ne manque pas de vous faire une remarque « ton enfant est vraiment gâté, tu ne lui as même pas appris à bien se comporter quand il y a du monde à la maison, il ne mérite même pas son morceau de gâteau. Sois un peu plus ferme ! »

C’est la science qui le dit : l’enfant n’a pas le plein contrôle de son cerveau émotionnel à 5 ans. Il lui est impossible d’agir avec discernement lorsqu’il est submergé par ses émotions et encore moins se raisonner et se dire qu’il peut faire de la peine avec ses actions.

Croyez-vous que votre mère à raison de dire, que si vous ne punissez pas sévèrement votre enfant, il finira par devenir un délinquant ?

Heureusement, non. Les parents sont là pour guider et donner des conseils aimants à leurs enfants. La discipline traditionnelle peut être plus facile dans la pratique. Elle produit des résultats immédiats, mais ne participe en rien dans la construction à long terme.

La discipline traditionnelle est à l’image de celui qui recherche la pleine santé avec une alimentation à base de restauration rapide. Tout le monde en mange, elle est pas cher, facile et permet de se sentir rassasié. Mais cette alimentation à long terme, fait grossir, rend malade et paresseux.

 Mais alors comment pouvons-nous élever des enfants forts, aimants et coopératifs ?  Simplement, avec des conseils remplis d’amour, en inculquant les bonnes manières et en nouant une connexion très solide avec nos enfants.

Parentalité inconditionnelle

Vous pratiquez la parentalité inconditionnelle et en tant que tel vous faites passer les besoins de vos enfants au dessus des attentes de la société. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce modèle parental, auront toujours des points de vues différent. Mais faites vous confiance et n’oubliez pas que vos enfants se souviendront de la patience, du soutient, de l’amour et de l’accompagnement que vous leur aurez consacré tout au long de leurs jeunes années : c’est très bien !

Sources :

La punition corporelle comme pratique éducative parentale – Catherine Bélanger Sabourin

Fessée : 10 raisons de l’interdire, ainsi que toutes les autres punitions corporelles – http://leplus.nouvelobs.com/

Aimer nos enfants inconditionnellement – Alfie Kohn

L’attachement vu par les noeurosciences – http://www.michelefreud.com/

Fessées, gifles, cris : les enfants humiliés font des adultes fragilisés – https://theconversation.com/

Apport des neurosciences affectives dans des situations de perturbations intenses du système émotionnel – Yves Mairesse